Vlad Komarov

Les voitures les moins chères d’Europe tiennent à un seul article de loi

Stellantis, Volkswagen et Renault s’opposent à Bruxelles pour un label qui pourrait balayer les voitures les moins chères d’Europe. Le vrai enjeu.

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Personne ne l’avait vu venir. La Dacia Sandero et la Peugeot 208 — deux des voitures les plus accessibles d’Europe — pourraient discrètement disparaître des concessions. Et c’est exactement la direction prise. Stellantis, Volkswagen et Renault, qui représentent ensemble plus de 60% de toute la production automobile de l’UE, ont demandé à Bruxelles de réécrire en urgence les règles d’un jeu baptisé « Made in Europe ». Ce qui est en jeu n’a rien d’abstrait. C’est l’avenir des voitures les moins chères d’Europe.

Le déclencheur, c’est la future politique industrielle de l’UE. L’idée est simple : soutenir les usines locales, protéger le marché de la concurrence extérieure — chinoise avant tout. Logique ? Sur le papier, oui. Dans la pratique : une catastrophe.

Le problème, c’est que la moitié des voitures grand public destinées à l’Europe sont assemblées ailleurs. Renault et Stellantis produisent depuis des années au Maroc. Hyundai, Ford, Toyota et Fiat — en Turquie. Nissan — au Royaume-Uni. Ce n’est pas la périphérie, c’est l’épine dorsale du segment économique. Dacia Sandero, Dacia Jogger, Peugeot 208 — précisément les modèles sans lesquels l’acheteur européen moyen ne peut tout simplement pas s’offrir une voiture neuve.

Les chiffres donnent le vertige. L’an dernier, Renault et Stellantis ont produit à eux seuls plus de 500 000 véhicules au Maroc — presque tous expédiés vers l’Europe. Stellantis agrandit son usine de Kénitra, et le Maroc pourrait bientôt frôler le million d’automobiles par an. Plus que la France. Ajoutez les 750 000 véhicules exportés depuis la Turquie vers l’UE, et vous obtenez la bouée de sauvetage du segment économique. Produire dans des pays européens coûteux tuerait immédiatement leur principal argument : le prix.

Selon Motor.es, le 12 juin, Volkswagen, Stellantis et Renault ont envoyé à l’UE une contre-proposition. La formule est simple, presque un slogan : « 70:70 ». Si 70% des voitures vendues dans l’UE par un constructeur contiennent au moins 70% de contenu européen — ingénierie, production, chaîne d’approvisionnement —, toute la gamme est considérée comme « Made in Europe ». Les 30% restants peuvent continuer à venir du Maroc, de Turquie, du Royaume-Uni, de Corée du Sud ou du Japon. Sans perte d’aides. Sans pénalité. Sans question.

La logique des trois géants est limpide. Ils veulent protéger les emplois européens sans démonter l’écosystème des modèles bon marché bâti sur des décennies. Un porte-parole de Renault l’a dit sans détour : la proposition doit défendre le contenu européen — sans étrangler l’empreinte industrielle de l’entreprise.

Il y a un autre piège. La plupart de ces usines étrangères produisent encore essentiellement des moteurs thermiques. Les hybrides légers, HEV et PHEV arrivent peu à peu, mais le basculement massif vers l’électrique avance moins vite que Bruxelles ne le souhaiterait. De nouvelles règles pourraient frapper deux fois : sur la géographie de la production et sur l’accessibilité des voitures en général.

Le paradoxe est flagrant. L’UE veut protéger son industrie de la Chine. Et risque d’étouffer ses propres modèles économiques — ceux-là mêmes qui maintiennent la classe moyenne sur roues depuis des décennies. La fin pourrait surprendre : moins de voitures bon marché chez les concessionnaires, et beaucoup plus de débats sur l’endroit où l’Europe commence et finit, exactement.

A. Krivonosov